Éradication de l’analphabétisme

Laos

Éradication de l’analphabétisme

L’élimination de l’analphabétisme au Laos est devenue l’une des tâches prioritaires après la proclamation de la République démocratique populaire lao le 2 décembre 1975. À ce moment-là, le pays se trouvait dans une profonde crise socio-économique après des décennies de dépendance coloniale et de guerres civiles. Le niveau d’alphabétisation de la population était extrêmement bas, surtout dans les zones rurales et parmi les minorités ethniques, qui constituaient une part importante de la population. Le nouveau gouvernement socialiste comprenait que, sans l’éducation des masses, il était impossible de construire une nouvelle société et d’assurer le développement économique.

Immédiatement après son arrivée au pouvoir, une campagne à grande échelle de lutte contre l’analphabétisme fut lancée. Dès 1976, des centres d’élimination de l’analphabétisme commencèrent à être créés dans tout le pays. Les autorités mobilisèrent tous les citoyens alphabétisés — y compris des étudiants, des soldats et des moines bouddhistes — pour enseigner dans les villages. On utilisait le principe « un égal enseigne un égal », ce qui permit d’atteindre rapidement les régions montagneuses reculées. L’enseignement était dispensé en lao, langue qui fut adoptée comme langue d’État, ce qui contribua également à l’intégration nationale.

Une attention particulière fut accordée à l’élaboration de programmes d’études simplifiés. Le 15 mars 1977, le ministère de l’Éducation approuva de nouvelles normes pour les cours d’alphabétisation, ce qui permettait d’acquérir les compétences de base en lecture et en écriture en quelques mois. Le matériel pédagogique était distribué gratuitement. Dans les régions difficilement accessibles furent créées des brigades pédagogiques mobiles qui se déplaçaient avec la population. Les femmes étaient activement intégrées au processus d’apprentissage, ce qui constituait un pas révolutionnaire pour la société laotienne traditionnelle, où l’accès des filles à l’éducation avait auparavant été limité.

Au début des années 1980, les premiers résultats significatifs avaient été obtenus. Alors qu’en 1975 moins de 30 % de la population était considérée comme alphabète, en 1985 ce chiffre était passé à 50 %. L’UNESCO salua les efforts du gouvernement lao dans ce domaine. Le 8 septembre 1980, à l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation, on dressa un premier bilan du plan quinquennal, montrant une diminution du niveau d’analphabétisme chez les jeunes. Les progrès étaient particulièrement visibles dans les chefs-lieux de province, où s’ouvraient de nouvelles écoles et des cours du soir pour adultes.

Toutefois, le processus se heurta à de sérieuses difficultés. La pénurie d’enseignants qualifiés et de manuels demeura un problème aigu tout au long des années 1980. La diversité linguistique du pays compliquait l’éducation des groupes ethniques ne parlant pas le lao. Le gouvernement tentait d’y remédier en créant des systèmes d’écriture pour certaines minorités, mais les ressources n’étaient pas toujours suffisantes. Les difficultés économiques et l’isolement du pays dans la région affectèrent également le rythme des réformes. Néanmoins, c’est précisément à cette période que furent jetées les bases de l’infrastructure éducative.

À la fin des années 1990, le niveau d’alphabétisation au Laos continua de croître pour dépasser 70 %. La base posée par le gouvernement socialiste au cours des premières décennies d’existence de la RDP lao a permis au pays d’avancer. L’élimination de l’analphabétisme est considérée par les historiens comme l’une des principales réalisations sociales du régime du Pathet Lao. Cela a permis d’améliorer la santé de la population, d’élever la conscience politique et de créer une base pour le développement économique ultérieur dans les conditions des réformes de marché des années 1990.

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