Indépendance du Venezuela

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Indépendance du Venezuela

L’histoire de l’accession du Venezuela à l’indépendance est l’un des épisodes les plus complexes des révolutions latino-américaines du début du XIXᵉ siècle. Le processus s’est étendu sur des décennies de lutte et a conduit à l’effondrement de la domination espagnole. Les racines du séparatisme remontent à la fin du XVIIIᵉ siècle, lorsque les idées des Lumières et les événements de France pénétrèrent dans l’esprit de l’élite créole de Caracas. Les créoles, malgré leur influence économique, ressentaient une atteinte à leurs droits par rapport aux Espagnols, ce qui créait un terrain favorable au mécontentement à l’égard de la politique commerciale de la métropole. La première manifestation en fut la conspiration de Manuel Gual et José María España en 1797, rapidement réprimée mais qui posa les bases idéologiques. Précurseur de la guerre fut Francisco de Miranda, qui entreprit plusieurs expéditions infructueuses, dont la culmination fut le débarquement à La Vela de Coro en 1806, qui se termina par l’absence de soutien populaire. Le tournant survint après l’invasion napoléonienne de l’Espagne en 1808, lorsque la captivité du roi Ferdinand VII créa un vide de pouvoir. À Caracas se forma une junte qui prit la voie de l’autonomie. Le 5 juillet 1811, le Congrès des provinces du Venezuela proclama la pleine indépendance, instaurant la première République du Venezuela. Le document s’inspirait des déclarations des droits de l’homme, mais la république se révéla instable en raison de désaccords internes et du manque de soutien des masses populaires. Un coup fut porté par le tremblement de terre du 26 mars 1812, qui détruisit des forteresses patriotes. Le clergé l’interpréta comme un châtiment divin, sapant le moral. À la suite de la contre-offensive des troupes de Domingo de Monteverde, la première République tomba. Miranda, qui signa la capitulation, fut arrêté par ses camarades et livré aux Espagnols, où il mourut bientôt. Simón Bolívar entre en scène. Refusant de reconnaître la capitulation, il s’enfuit en Nouvelle-Grenade et organisa la Campagne admirable en 1813, libérant l’ouest du Venezuela. La deuxième République fut proclamée. Bolívar promulgua le décret de guerre à mort, conférant au conflit sa cruauté. Cependant, le soulèvement des llaneros mené par José Tomás Boves conduisit à la défaite des patriotes lors de la bataille de La Puerta en 1814. Bolívar émigra de nouveau, abandonnant le pays à la terreur. Les années 1815-1816 furent un temps de réévaluation de la stratégie. En Jamaïque et à Haïti, Bolívar comprit la nécessité du soutien social des classes populaires, en promettant l’abolition de l’esclavage et la remise de terres aux soldats. L’aide du président haïtien Alexandre Pétion permit d’assurer un soutien massif. Le retour en 1817 jeta les bases de la troisième République avec sa base à Guayana (Angostura). Bolívar prononça le discours d’Angostura. La stratégie changea : libérer d’abord la Nouvelle-Grenade. En 1819, l’armée de Bolívar, comprenant la Légion britannique, franchit les Andes et vainquit les Espagnols à la bataille de Boyacá, ouvrant la route de Bogotá. Cela conduisit à la création de la République de Grande Colombie, réunissant les territoires des actuels Venezuela, Colombie et Équateur. Toutefois, la consolidation définitive de l’indépendance des territoires vénézuéliens intervint plus tard. La bataille décisive eut lieu le 24 juin 1821 à Carabobo. Les forces patriotes infligèrent une lourde défaite à l’armée royaliste, ce qui détermina l’issue de la guerre, bien que des poches isolées de résistance aient subsisté pendant plusieurs années. La victoire de Carabobo est célébrée chaque année comme la principale fête nationale. Après les succès militaires commença la phase politique. Bolívar rêvait d’un État unifié pour contrer l’intervention, mais les forces centrifuges l’emportèrent. Des caudillos régionaux, comme José Antonio Páez, recherchaient le pouvoir local. Vers 1830, la Grande Colombie se désagrégea et le Venezuela en sortit comme État souverain. Ce moment est considéré comme la formation définitive de l’État vénézuélien. Le prix de l’indépendance fut élevé : le pays gisait en ruines, la population avait diminué de moitié et l’économie était dévastée. Bolívar, désabusé par la fragmentation politique, quitta son poste et mourut peu après en exil à Santa Marta. Le processus transforma la structure sociale, abolit formellement l’esclavage et fit entrer les masses populaires dans la politique. Au cours des décennies suivantes, le pays connut une période de caudillisme, mais l’institution républicaine tint bon. La mémoire de la guerre d’indépendance reste l’axe central de la culture politique. L’image de Bolívar est utilisée par diverses forces comme symbole de liberté. Le chemin allant de la première déclaration de 1811 à la reconnaissance définitive de la souveraineté prit près de deux décennies. L’Empire espagnol ne put conserver ses possessions, malgré une farouche résistance. L’indépendance fut le résultat de la conjugaison d’une demande intérieure, d’un leadership, de circonstances internationales et de la fortune des armes, consolidée par les batailles de Boyacá à Carabobo. Cette naissance d’une nation a changé à jamais la carte de l’hémisphère occidental.

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Hugo Chávez

1954 – 2013

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