
1954 –
2013
Venezuela
Hugo Chávez
Hugo Rafael Chávez Frías est l’une des figures les plus marquantes de l’histoire politique de l’Amérique latine à la fin du XXᵉ et au début du XXIᵉ siècle. Il est né en 1954 dans une famille d’enseignants de l’État de Barinas, au Venezuela. Chávez a occupé la fonction de président du Venezuela de 1999 à 2013, se transformant pendant cette période d’un lieutenant-colonel peu connu en chef d’un mouvement anti-impérialiste mondial. Son règne a radicalement changé le paysage politique non seulement du Venezuela, mais de toute la région, marquant le début de la « marée rose » des gouvernements de gauche.
Le chemin de Chávez vers le pouvoir commença par une carrière militaire. En 1992, il dirigea une tentative de coup d’État militaire infructueuse contre le président Carlos Andrés Pérez, accusé de corruption et de violation de la Constitution. Bien que le putsch ait échoué, le bref discours télévisé de Chávez, dans lequel il reconnut sa responsabilité en disant « pour le moment, les objectifs n’ont pas été atteints », fit de lui un héros populaire aux yeux des couches pauvres de la population. Après sa sortie de prison, il fonda le Mouvement Cinquième République. En 1998, Chávez se présenta à l’élection présidentielle et remporta une victoire convaincante, en recevant le soutien de ceux qui étaient déçus par les partis traditionnels et qui souffraient de la crise économique.
La position politique de Chávez reposait sur les idées du bolivarisme — l’héritage de Simón Bolívar, libérateur de l’Amérique du Sud. Il aspirait à l’unification de l’Amérique latine, à la réduction de l’influence des États-Unis dans la région et à la création d’un monde multipolaire. En 1999 fut adoptée une nouvelle Constitution, qui renomma le pays République bolivarienne du Venezuela et élargit les pouvoirs du président. Chávez se présentait comme le défenseur de la souveraineté et de l’indépendance du pays. Sa rhétorique était nettement antiaméricaine ; il critiquait fréquemment Washington pour son ingérence dans les affaires intérieures d’autres États et pour sa politique économique néolibérale.
L’attitude de Chávez à l’égard du socialisme évolua avec le temps. Au départ, il ne se disait pas socialiste, mais en 2005, au Forum social mondial de Porto Alegre, il déclara ouvertement pour la première fois la construction d’un socialisme du XXIᵉ siècle au Venezuela. Pour Chávez, le socialisme ne signifiait pas copier le modèle soviétique, mais représentait un mélange de valeurs chrétiennes, de patriotisme bolivarien et de théorie économique marxiste. Il nationalisa des industries clés, dont le secteur pétrolier, les télécommunications et l’électricité. En 2007, il proposa un train de réformes constitutionnelles destinées à approfondir les transformations socialistes, bien que certains points aient été rejetés par référendum.
Les principales réalisations de Chávez sont considérées comme étant les programmes sociaux à grande échelle, connus sous le nom de « missions ». Ils visaient à lutter contre la pauvreté et l’analphabétisme et à garantir l’accès aux soins de santé. Grâce aux prix élevés du pétrole dans les années 2000, le gouvernement finança la construction de logements, d’écoles et d’hôpitaux dans les zones pauvres. Le niveau de pauvreté diminua sensiblement entre 2003 et 2011. Chávez initia aussi la création d’organisations régionales telles que l’ALBA et l’UNASUR, qui devaient favoriser l’intégration économique des pays d’Amérique latine sans la participation des États-Unis. Son influence sur la scène internationale fut immense ; il devint la voix du Sud global aux Nations unies.
Cependant, le règne de Chávez s’accompagna d’une grave polarisation de la société et d’accusations d’autoritarisme. L’opposition lui reprochait de concentrer le pouvoir et de faire pression sur les médias indépendants et les tribunaux. En 2002 eut lieu une tentative de coup d’État contre Chávez lui-même, fruit d’une conspiration de l’opposition et des États-Unis. L’économie du pays devint extrêmement dépendante des exportations de pétrole, ce qui créait une vulnérabilité en cas de chute des prix énergétiques. L’inflation et les pénuries de biens commencèrent à augmenter à la fin de son mandat. Néanmoins, pour des millions de Vénézuéliens, il demeura un symbole d’espoir et de dignité.
Hugo Chávez est décédé le 5 mars 2013. Nicolás Maduro devint son successeur. L’héritage de Chávez reste l’objet de débats animés. Les partisans voient en lui un dirigeant qui a rendu au peuple les ressources du pays et qui a donné une voix aux laissés-pour-compte. Les critiques pointent l’effondrement économique et l’érosion des institutions démocratiques qui se sont produits dans les années suivantes. Quelle que soit l’opinion, il est impossible de nier que Chávez a laissé une empreinte profonde dans l’histoire. Il a prouvé qu’une alternative au néolibéralisme était possible en Amérique latine et a inspiré des mouvements de gauche dans le monde entier. Sa figure continue d’influencer la politique de la région même des années après sa mort.
