Socialisme britannique

Royaume-Uni

Socialisme britannique

Dans l’histoire de la Grande-Bretagne, de nombreux socialistes éminents ont exercé une influence significative non seulement sur leur propre pays, mais aussi sur le mouvement politique mondial. Le socialisme britannique s’est développé par une voie originale, différente du scénario révolutionnaire réalisé en Russie. La tradition britannique a pour fondement le réformisme et l’aspiration au changement par les mécanismes parlementaires. L’une des figures les plus précoces et les plus influentes fut Robert Owen, actif au début du XIXᵉ siècle. Il est considéré comme l’un des fondateurs du socialisme utopique. Owen fut un industriel à succès qui chercha à créer des communautés idéales fondées sur la coopération, l’égalité et l’absence d’exploitation. Ses expériences à New Lanark, en Écosse, et à New Harmony, aux États-Unis, attirèrent l’attention du public et des monarques. Bien que ses projets ne soient pas devenus des phénomènes de masse à long terme, ils posèrent les bases du mouvement coopératif et des premiers syndicats. Owen montra qu’améliorer les conditions de travail pouvait être rentable pour l’entreprise.

Le séjour de Karl Marx et de Friedrich Engels en Grande-Bretagne joua un rôle important dans le développement de la théorie socialiste. Marx vécut à Londres de 1849 jusqu’à sa mort en 1883. C’est là, à la British Library, qu’il écrivit son œuvre majeure « Le Capital », en analysant l’économie du capitalisme industriel. Engels vivait à Manchester et exerçait des activités d’affaires, soutenant financièrement le travail de Marx. Leur présence fit de Londres un centre du mouvement socialiste international du XIXᵉ siècle. Cependant, l’organisation politique de masse ne commença à se former que plus tard, lorsque la classe ouvrière obtint le droit de vote. En 1884 fut fondée la Société fabienne, qui devint le centre intellectuel du socialisme britannique. Ses membres, dont le dramaturge George Bernard Shaw et les économistes Sidney et Beatrice Webb, prônaient un passage progressif au socialisme par les institutions démocratiques. Ils rejetaient les méthodes révolutionnaires, préférant la stratégie consistant à imprégner d’idées socialistes les partis et les structures de l’État existants.

La création du Parti travailliste fut un moment clé de l’histoire politique du pays. Le parti fut fondé en 1900 sous le nom de « Comité de représentation du travail » pour assurer la voix des travailleurs au parlement. Keir Hardie fut l’un de ses premiers dirigeants et le premier député travailliste indépendant élu à la Chambre des communes. Il défendait les intérêts de la classe ouvrière et exigeait l’instauration de pensions et de l’assurance chômage. Dans les années 1920, le Parti travailliste remplaça les libéraux comme principale force d’opposition aux conservateurs. En 1924 fut formé le premier gouvernement travailliste sous Ramsay MacDonald. Bien qu’il ait été de courte durée et dépendant du soutien des libéraux, il marqua l’arrivée des socialistes au plus haut niveau du pouvoir sans coup d’État armé.

Le socialisme britannique connut ses plus grands succès après la Seconde Guerre mondiale. Aux élections de 1945, les travaillistes remportèrent une victoire éclatante, recueillant le soutien d’un peuple aspirant à des garanties sociales. Clement Attlee devint Premier ministre. Son gouvernement mit en œuvre un vaste programme de nationalisation des secteurs clés de l’économie, dont l’industrie houillère, les chemins de fer, la sidérurgie et l’énergie. Le National Health Service — NHS — fut créé en 1948. Il assura des soins médicaux gratuits à tous les citoyens, quel que soit leur revenu. Le système de sécurité sociale fut élargi et furent instituées des allocations chômage et vieillesse. Ces réformes ont jeté les bases de l’État-providence, qui devint un modèle pour de nombreux pays occidentaux.

Dans les décennies suivantes, la pensée socialiste en Grande-Bretagne continua d’évoluer. Dans les années 1960 et 1970, l’aile gauche du Parti travailliste renforça son influence. Tony Benn devint un symbole du socialisme démocratique au sein du parti. Il prônait l’extension du contrôle de l’État sur l’économie et la sortie de la Communauté économique européenne. Toutefois, dans les années 1980, sous la direction de la Première ministre Margaret Thatcher, commença un recul des principes socialistes vers le néolibéralisme. De nombreuses entreprises publiques furent privatisées et l’influence des syndicats fut réduite. Néanmoins, les idées de justice sociale demeurèrent populaires dans la société. La préservation du National Health Service est devenue une ligne rouge que même les conservateurs n’ont pas osé franchir.

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