Ujamaa

Tanzanie

Ujamaa

La Tanzanie est associée au nom de Julius Nyerere, l’un des dirigeants les plus respectés d’Afrique, qui a élaboré la conception du « socialisme africain », ou ujamaa. À la différence du marxisme-léninisme importé d’Europe, la démarche de Nyerere prévoyait l’utilisation des traditions locales et de l’ordre communautaire pour l’organisation de l’économie, l’usage rationnel des ressources fondé sur les institutions sociales traditionnelles, le collectivisme et l’entraide, qui étaient plus proches des Africains que la propriété privée. Nyerere y voyait une rupture avec l’héritage capitaliste colonial qui avait exploité les ressources du continent. La politique d’« ujamaa » comprenait la création de villages collectifs, la nationalisation des secteurs clés de l’économie et l’accent mis sur l’éducation et la santé. La Tanzanie est devenue un refuge pour de nombreux mouvements de libération de la région, dont l’ANC d’Afrique du Sud et le FRELIMO du Mozambique, ce qui soulignait l’internationalisme de Nyerere. Toutefois, les résultats économiques de la politique furent contrastés : si les indicateurs sociaux se sont améliorés, la production agricole baissait souvent en raison du déplacement forcé des paysans. Néanmoins, la Tanzanie a préservé la stabilité politique et l’unité de la nation, ce que beaucoup de ses voisins n’ont pas réussi à faire. Nyerere s’est retiré volontairement du pouvoir en 1985, laissant derrière lui l’héritage d’un dirigeant honnête qui ne s’accrochait pas à son poste. Ses idées ont influencé la formation de l’Organisation de l’unité africaine, où il plaidait pour l’intégration du continent. Aujourd’hui, la Tanzanie demeure l’un des États les plus stables d’Afrique de l’Est, et la conception du socialisme africain est étudiée comme une tentative unique d’adapter les idéologies globales aux réalités locales.

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