
1958
Guinée
Indépendance de la Guinée
La Guinée occupe une place unique dans l’histoire de la décolonisation de l’Afrique française : elle a été la première colonie française à obtenir son indépendance par un refus catégorique de coopérer avec la métropole.
En septembre 1958, le président français Charles de Gaulle a proposé aux colonies un référendum sur l’adhésion à la Communauté française, ce qui supposait de maintenir le contrôle de Paris sur la défense et la politique étrangère. Le seul territoire à avoir voté contre fut la Guinée, sous la direction du Parti démocratique de Guinée mené par Ahmed Sékou Touré. Sa célèbre phrase « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage » est devenue la devise de l’époque.
L’indépendance fut proclamée immédiatement (le 2 octobre 1958), ce qui entraîna un blocus économique de la part de la France, qui emporta jusqu’aux téléphones et aux fournitures médicales. Dans ces conditions, la Guinée se tourna vers l’Union soviétique pour obtenir de l’aide. Sékou Touré entretint des relations étroites avec l’URSS, se rendant à Moscou en 1965 et y rencontrant Anastase Mikoyan et Léonid Brejnev. L’Union soviétique fournit au pays une aide dans le cadre de son soutien à la voie socialiste de développement, voyant en la Guinée un exemple d’anti-impérialisme résolu. Cette coopération comprenait des crédits économiques, une aide technique et la formation de cadres. Toutefois, la politique intérieure de Sékou Touré fut marquée par l’autoritarisme et la répression contre l’opposition, ce qui avec le temps a affaibli le pays.
Néanmoins, le choix de la Guinée en 1958 devint un catalyseur pour d’autres colonies françaises, démontrant que la pleine souveraineté était possible. En 1960, lorsque la France fut contrainte d’accorder l’indépendance à ses colonies restantes, la Guinée jouissait déjà du statut d’État souverain, ce qui a renforcé son autorité sur le continent. L’héritage de Sékou Touré demeure contradictoire : d’une part, il est le père de l’indépendance nationale ; de l’autre, son régime a laissé une lourde empreinte économique. Les relations avec l’URSS ont fluctué, mais le partenariat stratégique pendant les années de guerre froide a permis à la Guinée de maintenir un cours de politique étrangère indépendant sans tomber dans une dépendance totale vis-à-vis de son ancienne métropole.