
06.10.2026
Une brève analyse des élections au Brésil et les défis à venir
Béatrice Bissio Université fédérale de Rio de Janeiro Réseau de l'Esprit de Bandung 5 Octobre, 2026
La démocratie au Brésil affronte son épreuve la plus difficile depuis le rétablissement de l'ordre constitutionnel au milieu des années 1980 et l'adoption de la nouvelle Constitution en 1988.
Lors de cette élection générale — pour la présidence, le Congrès, les gouverneurs et les assemblées législatives des États —, le Brésil est divisé entre deux candidats aux positions profondément opposées : d'un côté, celui du président Lula, qui brigue sa réélection — ce qui serait son quatrième mandat non consécutif — sur une plateforme défendant la souveraineté, la démocratie et l'État comme moteur de la justice sociale ; de l'autre, la candidature de Flávio Bolsonaro, le fils aîné de l'ancien président Bolsonaro, qui ne peut pas se présenter parce qu'il est en prison et qu'il a été déchu de ses droits politiques.
La candidature de Flávio Bolsonaro préconise un néolibéralisme extrême, comprenant le démantèlement des programmes sociaux de l'État, un alignement inconditionnel sur les intérêts américains — en particulier l'agenda de Donald Trump, y compris l'alliance avec Israël et tout ce qu'elle implique — ainsi qu'un individualisme extrême et un attachement (sincère ou cynique ?) aux valeurs prêchées par les églises néo-pentecôtistes en matière de mœurs et de moralité. Tout cela sans mentionner les scandales de corruption pour lesquels il fait l'objet d'une enquête, sa déclaration en faveur de la cession des terres rares et des minéraux critiques aux États-Unis, les photos le montrant conspirant avec le représentant de ce qui serait l'équivalent brésilien de l'affaire Epstein aux États-Unis, et ses liens — qu'il n'a jamais niés — avec des tueurs à gages et des groupes paramilitaires (connus ici sous le nom de « milicianos »).
L'élection se décidera lors d'un second tour le 25 octobre. Flávio Bolsonaro est arrivé en tête avec 48 % des voix, tandis que Lula s'est classé deuxième avec 45 %.
L'avenir de l'ensemble de l'Amérique latine, et en particulier de l'Amérique du Sud, dépendra dans une large mesure du résultat de l'élection brésilienne, compte tenu du poids démographique, économique et politique du Brésil. Cette conviction se manifeste clairement, d'une part, dans les déclarations de soutien extrêmement significatives reçues par Lula de la part de divers secteurs sociaux et politiques à travers l'Amérique latine, et, d'autre part, dans les nombreuses allégations — actuellement enquêtées par la Police fédérale — d'ingérence des États-Unis (lire : l'administration Trump) dans la campagne électorale, et même bien avant celle-ci.
Le taux élevé d'abstention — plus de 20 % de l'électorat — et la baisse du nombre de voix obtenues par le président Lula lors de l'élection de dimanche (4 millions de voix de moins qu'en 2022 — et seulement deux millions de voix le séparent de Flávio Bolsonaro) révèlent un sentiment de mécontentement au sein d'un certain segment de l'électorat, dû au coût élevé de la vie et aux niveaux de violence (que la presse dominante se charge de souligner à maintes reprises), véritables problèmes auxquels est confrontée au quotidien une grande partie de l'électorat ouvrier plus pauvre, des chômeurs ou de ceux qui gagnent leur vie grâce aux applications de livraison, aux oreilles desquels le message plus direct, voire brutal, de Bolsonaro peut paraître plus convaincant.
Pour surmonter ce sentiment de malaise et de désillusion envers la démocratie, des alternatives à cette réalité quotidienne amère doivent être présentées. Et pour ce faire, il faut démontrer que le système oppressif — le néolibéralisme — est le coupable qu'il faut combattre. Contrairement à ce que prêchent les églises néo-pentecôtistes, il n'existe pas de « solutions individuelles ». L'échec qui mène à la dépression, voire au suicide, n'est pas non plus une affaire individuelle. L'échec découle d'un manque total de soutien à des propositions politiques qui n'ont pas les moyens de remettre en cause ce système.
Rien de tout cela n'est facile à expliquer dans une campagne électorale. C'est encore pire dans des campagnes où les réseaux sociaux diffusent de fausses informations et des nouvelles biaisées, et où les médias traditionnels servent les intérêts du néolibéralisme, en glorifiant l'austérité budgétaire et les réductions salariales tout en condamnant tout investissement en faveur des plus vulnérables et en faveur de services publics de qualité (éducation, santé, transports). Il est donc nécessaire, dans une perspective à moyen et long terme, de mettre en place des initiatives permanentes d'éducation politique — ce que, malheureusement, la gauche sous ces latitudes a abandonné depuis longtemps. Et maintenant, pendant cette campagne de trois semaines, nous devons retrousser nos manches, descendre dans la rue pour parler à ceux qui se sont abstenus de voter, et nous souvenir du sang que des milliers de Brésiliens ont versé pour que nous puissions aujourd'hui jouir du droit de vote !
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