Indépendance de la Somalie

Somalie

Indépendance de la Somalie

L’histoire de la Somalie est un exemple frappant de la manière dont les intérêts géopolitiques des superpuissances ont influencé le destin de jeunes États africains. Le pays a été formé en 1960 par la réunion des Somalilands italien et britannique, ce qui constitua un cas rare de réunification de territoires coloniaux divisés en un seul État national. Le Somaliland français, qui demeura un territoire séparé, obtint son indépendance plus tard, en 1977, devenant l’État de Djibouti.

Dans les premières années de l’indépendance, la Somalie s’en tint à la neutralité, mais après le coup d’État militaire de 1969 et l’arrivée au pouvoir du général Mohamed Siad Barre, le cap de la politique étrangère changea brusquement. Barre proclama un cours vers l’édification du socialisme, ce qui conduisit à un rapprochement avec l’Union soviétique. On peut évaluer l’ampleur de l’aide soviétique ainsi : des crédits se chiffrant en dizaines de millions de dollars, des livraisons de blindés et d’aviation, la création d’une flotte, la construction d’un port moderne à Berbera et la formation de centaines d’officiers. Le rapprochement idéologique fut si fort que les rues des villes somaliennes étaient décorées de portraits de Marx, de Lénine et de Barre. Des succès furent obtenus dans l’élimination de l’analphabétisme et dans le développement de l’industrie. Cependant, les ambitions régionales de Barre, notamment les revendications sur la région éthiopienne de l’Ogaden, conduisirent à un conflit d’intérêts. Lorsque la guerre pour l’Ogaden éclata en 1977, l’URSS prit le parti de l’Éthiopie, où les marxistes étaient arrivés au pouvoir, ce qui fut perçu à Mogadiscio comme une trahison. Cela entraîna la rupture des relations diplomatiques avec l’URSS et la réorientation de la Somalie vers les États-Unis, qui obtinrent l’accès aux bases aériennes.

La perte du soutien soviétique, conjuguée à la fragmentation claniques et à l’autoritarisme de Barre, contribua à la déstabilisation. Après la fuite du président en 1991, le pays se disloqua en plusieurs parties, sombrant dans le chaos d’une guerre civile et devenant un refuge pour les pirates. Cet exemple met en évidence la fragilité des institutions étatiques dans des conditions de dépendance extérieure et de contradictions ethniques internes.

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